Témoignage de Murielle

Murielle
Murielle

« J’ai senti que c’était un chemin de bonheur possible pour moi »

Pouvez-vous vous présenter ?

“Je m’appelle Murielle, c’est un dérivé de ‘Marie’. Je suis belge (de la Hulpe) et religieuse du Sacré-Coeur, ce qui me donne beaucoup de joie. Au moment de cette interview, j’ai exactement 50 ans ! Je suis institutrice primaire. J’ai un frère et deux sœurs (et je suis la 3ème). »

Pourriez-vous évoquer le chemin qui vous a menée vers votre vocation religieuse ?

“Il y a des personnes, à 5 ans, qui savent qu’ils vont être religieux, moi, pas du tout. La vocation est venue petit à petit. Il y a eu plusieurs moments forts.”

Adolescence et vie étudiante

Le service des enfants défavorisés

“À 16 ans, pendant les vacances de Noël, je réfléchissais sur mon lit : ‘Comment aider les personnes pauvres ?’. Donc j’ai commencé par me rendre à Bruxelles, dans les « marolles » (quartier pauvre) où il y avait des enfants, qui venaient toute la journée chez les Filles de la Charité. C’était la première fois que je voyais une enfant qui avait faim. Elle s’appelait Jessica. C’était une grande découverte pour moi qu’on puisse avoir faim. Un jour on n’est pas venu la chercher donc on l’a reconduite dans son quartier, et avant de partir j’ai demandé si on pouvait lui donner des petits pains qui étaient là. Il y avait beaucoup de joie à faire ces animations dans cette association. C’était une découverte. C’était ma première découverte avec la pauvreté.”

Lourdes

« À 19 ans, j’ai fait un camp ‘Service Prière’ à Lourdes. J’étais impressionnée de voir qu’on puisse à la fois rendre service et rire en même temps avec toutes ces personnes malades. À partir de là, je sentais que Jésus devenait plus important, mais sans plus. Surtout, ce que je cherchais, c’était un sens à ma vie, si possible en rendant service. En fait, je voulais « améliorer le monde ». Je réfléchissais beaucoup à ces sujets.” 

Problème de santé

“À 23 ans, j’ai eu un gros accroc de santé. Je suis passée aux soins intensifs. Je ne savais pas que ça pouvait être grave. Cet événement m’a bouleversée et fait sentir comme la vie est précieuse, j’ai frôlé la mort. Cela m’a vraiment fait réfléchir. Je priais Dieu : ‘S’il te plaît, fais que je ne meure pas, je ne veux pas mourir. Seigneur, il faut vraiment que je fasse quelque chose de ma vie. »

Vie de jeune adulte

“De 26 à 30 ans j’ai fait des séjours réguliers de volontariat en Afrique pendant l’été, ça a été très marquant.
Et en Belgique, dans ma paroisse, on a eu un prêtre qui croyait à la jeunesse et demandait de l’aide pour l’animation de sa paroisse. J’ai tout de suite été investie dans l’animation. Je sentais que je me rapprochais du Seigneur. Là encore, il y a eu beaucoup de joies dans ce groupe de jeunes. Il y avait une bonne équipe. J’étais à l’aise, à ma place.”

« Pendant cette période de fin de vingtaine, j’ai commencé à me rendre compte que j’étais très heureuse, mais je ne savais pas quoi, il me manquait quelque chose. Pourtant j’avais beaucoup pour être heureuse : j’étais pleine de vie, j’avais beaucoup d’amis, j’aimais beaucoup rire, le travail…J’étais libre ! il ne me manquait presque rien. Il y avait tout de même ce petit presque rien qui manquait”.

Rencontre avec une religieuse du Sacré-Cœur

“Un jour, dans mon école, j’ai rencontré une Sœur belge qui cherchait à être professeure de religion. Personne ne lui parlait à la salle des professeurs, alors je me suis mise à aller vers elle. Il n’y avait pas trop de discussion, jusqu’au jour où elle me propose de participer à une session/rencontre pour jeunes adultes des Religieuses du Sacré-Cœur qui se passait en Alsace. Elle-même était religieuse de la congrégation à Bruxelles. Bien qu’un autre plan de vacances sous le soleil espagnol m’attendait, je sentais que je devais vivre cette fameuse session.”
“Je suis donc allée à cette session et cela résonnait avec toutes les questions que je me posais à cette époque. Là, tout ce à quoi j’aspirais s’y trouvait  : la joie, le chant, la gentillesse, l’ouverture, la nature, la neige, des jeunes sympas, la forme de prière. C’était une semaine où j’étais étonnamment très vite à l’aise. Le cerise sur le gâteau fut la découverte de la vocation des Sœurs : l’éducation de la jeunesse. Déjà je me sens bien, et qui plus est, leur charisme correspond à ma profession, quelle surprise ! En effet, le 4ème vœu de la congrégation est la jeunesse : servir par le biais de l’éducation, surtout des jeunes.”
“Tout allait bien, mais ce n’était pas si clair, avant de rentrer, je suis restée dormir chez les Sœurs. Je sentais mon cœur brûlant et j’entendais une petite voix qui disait : ‘C’est là’. C’était très intérieur, comme un cœur qui brûle. Je suis rentrée chez moi, toute heureuse, épanouie comme tout. Mais, je ne voulais pas trop que ça se voit.”

Quelles sont les missions marquantes dans lesquelles vous avez été impliquée? Les étapes importantes de votre vie en tant que religieuse ?

“En plus de mon travail à plein temps, j’ai beaucoup aimé l’équipe Magis (réseau de jeunes ignatien) à Lyon. Dès qu’il y avait un service dans une activité d’été, j’étais très heureuse. Le plus marquant a été le travail à l’école, c’était très simple. Je n’ai pas une vie avec des grandes choses mais beaucoup de petites choses. Mes 2 ans d’études de théologie à Lyon ont été très importantes. J’ai aussi vécu une mission internationale au Chili. Les conditions étaient difficiles. Ce n’était pas facile avec la langue alors j’observais beaucoup. J’y ai découvert leur culture et aussi leur pauvreté.” 

“Au début de ma vie religieuse, j’ai été 3 ans à Bruxelles. Il y avait des personnes assez pauvres qui venaient dans la communauté le dimanche. Ce qui m’a marqué dans ces plus jeunes années, c’est de me rendre compte que j’avais aussi la fibre pour les plus pauvres, pas seulement pour les plus jeunes. Je découvrais une réalité de Bruxelles, la pauvreté qui y règne. Je me suis rendue compte aussi que j’étais capable de parler avec des gens très simples. J’acceptais d’être aussi avec les plus défavorisés, les plus simples. Je n’aurais jamais cru pouvoir faire ça avant. Je me sentais appelée à être avec eux.” 

Auriez-vous un désir pour l’Eglise, les jeunes, le monde ?

« J’aimerais que les gens soient heureux et en paix, et trouvent un sens à leur vie, et parfois la simple présence c’est déjà beaucoup. Prendre un café avec une dame qui a appris 3 mots d’anglais, a autant d’importance que quelqu’un qui a fait des hautes études. Les suicides m’ont beaucoup marquée aussi. J’aimerais que les jeunes aient confiance en eux, en leur potentiel. Je préférerais ça, plutôt qu’ils aient une foi à traverser les montagnes. Parfois la première chose à faire ce n’est pas de parler de foi, mais d’être avec, accompagner, de dire, ‘Qu’est-ce qui t’arrive ?’,  l’accompagnement de la vie ».

Aujourd’hui, quelle est votre plus grande joie, dans ce que vous vivez en tant que religieuse ?

« Quand les cœurs des enfants s’éveillent à l’Amour de Dieu, ou à l’amour tout court. Un enfant m’a dit : ‘Mais comment, pourquoi, Poutine n’arrête pas la guerre ?’ – et de lui répondre ‘Il a le cœur fermé,…’
Une autre joie est quand un élève aime mieux l’école, ou quand les gens sont en accord avec leur être profond et qu’ils ne doutent pas d’eux. Quand il y a du progrès aussi, ça me donne de la joie. 

D’où vient cette joie de vivre ? 

« C’est un mystère ! Je suis née très vite, c’était très facile, il doit y avoir un lien ! (Rire) Je pense qu’il y a des épreuves aussi,…une détermination »

Si vous deviez expliquer votre choix de vie, cette foi, à quelqu’un qui ne connaît pas l’Eglise chrétienne, sa spiritualité que diriez-vous ?

« J’ai senti que c’était un chemin de bonheur possible pour moi. Je vis en communauté, je vis avec d’autres personnes qui sont Sœurs comme moi. On essaye de tout mettre en commun. » 

Pour vous, c’est quoi la définition du bonheur ?

« J’ai l’impression que le bonheur c’est d’être vrai avec soi, ne pas être superficiel. De trouver les petites joies simples, tout ce qui est la nature et la création ça m’aide. Je trouve aussi le vrai bonheur dans les relations avec les autres, et en étant moi-même, sans masque. J’essaye de mettre la joie là où je passe. Si je meurs aujourd’hui, je me dirais : ‘Est-ce que j’ai vraiment aimé ? Qu’est-ce que j’ai fait de ma vie ?’ Que notre vie ait eu du sens. On s’affine dans nos perceptions des choses, des gens. Mais on n’est pas mieux qu’avant. Si on essaye d’aimer, la vie prend un tout autre sens. »

 

Découvrir le récit de mission de Murielle

 

Propos recueillis par D. de Goussencourt