À travers cette conférence prononcée le 7 mars 1829, Madeleine‑Sophie Barat nous offre une lecture étonnamment actuelle du Carême. Sans jamais employer le mot lui‑même, elle en dévoile la profondeur spirituelle : un temps de grâce, de miséricorde et de conversion intérieure. Avec lucidité et modernité, elle adapte les pratiques pénitentielles aux réalités de son époque et invite à une véritable transformation du cœur, plus féconde que les seules privations corporelles.
Cette Conférence nous replonge au cœur du sens profond du Carême : un temps à part, une « sainte quarantaine » durant laquelle l’Église invite chacun à un chemin de conversion intérieure. Prononcée le 7 mars 1829 elle témoigne, une fois encore, de la modernité de Madeleine-Sophie Barat. Un siècle avant la promulgation de Paenitemini par Paul VI en février 1966, qui préconise de suppléer « l’abstinence et le jeûne, en tout ou en partie, par d’autres formes de pénitence » Madeleine-Sophie proposait déjà d’ « en faciliter la pratique » afin de « [rendre] utile ce temps de grâces et de miséricorde. »
Si elle s’adresse immédiatement à « [ses] bonnes Filles » en usant du champ lexical de la forte contrainte : « nous sommes obligés », « nous y soumettre », c’est une « loi » à laquelle il faut obéir c’est pour mieux énoncer avec clarté l’adoucissement de son propos. Le mot même de Carême n’est nullement prononcé, il est question de « sainte quarantaine consacrée par l’Église à la pénitence », de « saint temps » et « temps de grâces et de miséricorde ».
Par l’évocation « des premiers temps du christianisme » elle rappelle combien le Carême était « [observé] beaucoup plus rigoureusement » illustré par la négation restrictive ne… que « ne faisaient qu’un repas et n’usaient que de légumes et des fruits ». Toujours consciente de l’évolution de la société de son temps, Madeleine-Sophie a cet élan de modernité en adaptant le jeûne aux activités de « ses filles » puisqu’elle reconnait qu’il ne peut être observé par celles dont « le genre d’occupation auquel nous nous livrons [les oblige] à de plus grands ménagements. »
Néanmoins, il existe « une sorte de mortification que nous devons toutes pratiquer plus agréable à Dieu et plus utile à notre salut que ce jeûne ». Aussi, à ses « bonnes filles » elle propose la « mortification intérieure » qui n’est donc pas de soumettre son corps à des privations de nourriture en ce temps de Carême mais celle de soumettre, de « mortifier » sa volonté afin de « combattre [ses] inclinations », nos mouvements d’âme « plus méritoire aux yeux de Dieu que la privation d’une pomme ».
Dieu regarde davantage ce que nous sommes en train d’améliorer en nous « une parole retenue, un acte d’obéissance » que ce « morceau de pain » dont nous nous privons. La pénitence c’est mener le combat afin de triompher de ses mauvaises « inclinations » : « se calmer » et « être douce » alors que nous nous enflammons et la vigilance et le soin doivent triompher de « la négligence » et de « la paresse ».
En ce temps de Carême, la lecture de cette Conférence nous invite à redécouvrir la valeur spirituelle de l’effort humble et fidèle, vécu dans l’esprit de l’Église. Chaque petit acte offert « Quelques petits sacrifices », un renoncement, une parole retenue, un temps donné à la prière, devient, aux yeux de Dieu, un acte d’amour fécond « pour obtenir du Cœur de Jésus la conversion de tant de pécheurs qui l’outragent tous les jours de manière si cruelle. »
C’est le moment de s’attacher davantage aux paroles de Saint Paul lorsqu’il dit aux Galates « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. » (Galates 2.20) Puissions-nous entrer dans ce temps liturgique avec un cœur disponible, prêts à nous laisser transformer par le Sacré-Cœur de Jésus, source de miséricorde, de vérité et de vie.
Bon chemin vers Pâques à toutes et à tous !
-Archives BFN

