Les archives d’une congrégation : faire mémoire de l’Action de Dieu

C’est dans les sous-sols de la maison du “57” à Lyon, que les archives de la Province (France, Belgique, Nederland) ont pris place. Bien qu’une partie des archives se trouve à la Maison-Mère à Rome, tout le reste a été rassemblé à la Maison-Provinciale. Deux archivistes sont chargés de cette vaste mission d’archivage, Sr Maryvonne, une sœur de la congrégation et Julien qui a pris sa suite.

Sr Maryvonne était préparée pour s’occuper des archives puisqu’elle a commencé ses premières années de vie religieuse, à Rome, au secrétariat de la Maison-Mère. Après de nombreuses responsabilités tout au long de sa vie, on lui demande au moment où elle prend sa retraite de gérer les archives à Lyon. 

Depuis octobre, Sr Maryvonne assiste Julien dans sa prise en charge du service. Il est historien et enseignant chercheur en histoire de l’Eglise.

 

A quoi servent les archives et plus encore, dans le cadre d’une congrégation ?

Quel intérêt de tout stocker, garder de ce qui est  passé, alors que c’est le présent qui nous intéresse ?

D’un point de vue juridique, les archives ont valeur de preuves.  D’un point de vue historique, les archives sont là pour faire mémoire. « C’est de la matière pour les historiens », précise Julien. « Et la matière des historiens est constituée principalement des archives écrites, comme ces fameux dossiers papiers, classés que l’on voit dans cette salle des archives » (cf photos). 

 

La visite des archives, au sous sol du 57 (maison des religieuses du Sacré-Coeur)

Au cours de la visite des archives, Sr Maryvonne et Julien ont à cœur de transmettre l’histoire de ce qu’ils conservent. Ils me montrent plusieurs documents, comme les signatures de Sainte Madeleine-Sophie, mais également quelques objets conservés (spécifiés plus haut). Sr Maryvonne me partage avec joie qu’elle est l’une des dernières à avoir porté la cornette tuyautée des religieuses de la congrégation (habit porté jusqu’en 1967). Au cours du partage de ses souvenirs, Sr Maryvonne me montre la cornette, ainsi que les rubans que les religieuses, encore enseignantes, utilisées pour féliciter les élèves. Elle arbore le ruban bleue, portée par les plus grandes qui le méritaient (cf photo). 

 

Conserver les archives d’une congrégation, pour mieux la comprendre

Toutes ces archives nous plongent dans différentes époques et réalités. C’est important pour une congrégation de conserver la mémoire de ce qui s’est vécu et de le transmettre aux générations futures. Pour Sr Maryvonne, « cela montre, par exemple, comment nous avons fait face aux bouleversements de l’Histoire et ce qu’on peut en apprendre. » Par exemple, Julien et Sr Maryvonne mentionnent l’expulsion des religieuses en 1905 et leur capacité de réaction face à cette épreuve. Cette lecture est un exemple de résilience qui relativise les épreuves de notre temps.

Du point de vue de la congrégation, s’occuper des archives, c’est voir son évolution, mieux la comprendre, notamment des changements surgis après le Concile Vatican II.

 

Les fruits du travail d’archivage

C’est en effet précieux et indispensable pour les membres d’une congrégation de comprendre ce travail archivistique. A ce sujet, Julien partage l’une des raisons pour lesquelles il aime ce métier : « faire redécouvrir aux religieuses d’une congrégation son histoire, après tout ce travail de tri, d’archivage, a été des moments forts, de silence, de contemplation et de prière pour ses dernières ». 

S’imprégner au quotidien de ces archives, c’est aussi s’imprégner petit à petit de la spiritualité de la congrégation. Pour Julien, c’est une vraie passion et source d’apprentissage à la fois spirituelle et humaine. Tous ces moments forts partagés avec les sœurs, qui redécouvrent leurs archives, « me motive dans mon travail avec les congrégations ». Faire ces recherches dans les archives d’une congrégation, c’est aussi découvrir « un microcosme de société où s’apprend le vivre ensemble dans la charité et le pardon. »

 

Les archives, un travail relationnel avec des rencontres marquantes

Bien que très discret, le travail de l’archiviste est aussi un travail relationnel.
Sr Maryvonne s’émerveille de toutes les personnes rencontrées dans le cadre de son travail archivistique. Un souvenir marquant est le centenaire du Lycée Duruy à Paris (ancienne Maison-Mère de la congrégation). Les professeurs se sont mis en liens avec les archives pour réaliser une exposition commémorative, un souvenir extraordinaire pour Maryvonne. 

 

Un dernier mot à partager, un conseil pour vous aider dans ce travail de mémoire ?

« Les archives, ce sont les actes des Apôtres de l’Eglise aujourd’hui, l’action de Dieu dans notre histoire. Ce que fait une Sœur, ce n’est pas son affaire à elle, c’est l’affaire de la congrégation et la vie de l’Eglise. Les archives témoignent de l’action de Dieu dans l’Histoire. »
Sr Maryvonne

“On est au service de la mémoire !” conclut Sr Maryvonne. Elle nous encourage, vous l’aurez compris, à réfléchir à deux fois avant de jeter un papier. En effet, il pourrait être utile pour les générations futures. Par ailleurs, elle conseille aussi d’écrire, un autre beau moyen de transmettre et faire mémoire.

Merci pour la contribution de Sr Maryvonne et Julien Béchard, archivistes de la congrégation des religieuses du Sacré-Cœur de Jésus

Propos recueillis par Domitille de G. 

Lire le témoignage de Sr Maryvonne